Les Eglises, grotte (Ussat, Ariège, France)

Description

La grotte des Églises se situe à Ussat, dans la haute vallée de l'Ariège, à environ 2 km en amont de Tarascon-sur-Ariège et à 628 m d'altitude. Elle est connue depuis plusieurs siècles, comme en témoignent des graffitis historiques. Des traces d'occupations de l'âge du Bronze y ont été remarquées, ainsi que des vestiges d'aménagements médiévaux qui se voient encore aujourd'hui à l'entrée de la grotte.
La grotte comprend plusieurs ouvertures et une très vaste salle d'entrée de laquelle part, vers la droite, une galerie de 130 m de long (fig. 1a et 1b-A). De 1964 à 1977, J. Clottes y a fouillé un gisement du Magdalénien final localisé au pied de l'éboulis situé au fond de la grande salle d'entrée. Ce campement est considéré comme une halte de chasse spécialisée dans la capture de bouquetins, de lagopèdes des saules et de salmonidés (Delpech et al. 1983). L'étude de cette faune permet de confirmer une fréquentation principalement hivernale. R. Simonnet a étudié les ensembles lithiques (3 611 unités). Il écrit : « On a affaire à un seul et unique groupe de Magdaléniens » et en conclut que « l'absence du silex urgonien de la région de Foix, qui est présent dans les autres sites du bassin de Tarascon, pourrait signifier que ce groupe (fortement apparenté à celui du Trou souffleur, à Fuilla, dans les Pyrénées-Orientales) est venu par la montagne et n'est donc pas passé par la cluse de Foix » (Simonnet 1985: 88). Des charbons ont donné deux dates : 11 800 BP ± 500 BP (Gif-1434), soit 13 948 ± 689 cal BP, et 12 900 ± 220 BP (Gif-3923), soit 15 403 ± 335 cal BP (Clottes et al. 1983).
Le réseau orné, long d'une quinzaine de mètres, se situe au milieu de la galerie de droite et du côté gauche de cette dernière. Il ne fut remarqué qu'en 1921 par le docteur Cugulière qui y vit des traces rouges que l'abbé Breuil vint authentifier le 6 septembre de la même année. En compagnie de l'inventeur et du comte Bégouën, H. Breuil rédigea une note en 1922 (Breuil et al. 1922) et publia le relevé des figures pariétales en 1939 (Breuil 1939). Aucun rapport chronologique n'a été mis en évidence entre la galerie ornée et le site d'occupation temporaire fouillé par J. Clottes.

Iconographie

La galerie ornée (fig. 1b-B), découverte en 1921, est basse (de 1,36 m de hauteur à l'entrée à 0,32 m de hauteur au fond) et étroite (de 2,80 m de largeur à l'entrée à 0,55 m de largeur au fond). Elle présente quelques gravures, mais surtout des figures peintes en rouge. En dehors de celles-ci, quelques points ou tracés rouges ont été localisés à l'entrée de deux petites galeries, l'une à droite de l'entrée principale et l'autre à gauche avant l'entrée de la galerie ornée. À la suite de la publication de l'abbé Breuil, A. Leroi-Gourhan signala quelques nouvelles représentations (Leroi-Gourhan 1965). En 1966, A. Beltrán fit de nouveaux relevés par calques et une couverture photographique des dessins (Beltràn Martinez 1969). Enfin, en 1972, D. Collison et A. Hooper entreprirent un relevé complet de l'ensemble des figures et levèrent un plan précis de la grotte (Collison et Hooper 1976). Le mauvais état de conservation des figures (dû à l'humidité, aux graffitis modernes et à des efflorescences de calcite) ainsi que l'absence d'étude complète et récente de l'art pariétal permettent difficilement d'appréhender l'art de cette grotte.
Le bestiaire représenté varie selon les auteurs qui ont étudié la galerie. H. Breuil (1952) publie trois chevaux, trois bouquetins, un bison et quatre tectiformes. D. Collison et A. Hooper (1976) y voient six chevaux, six bouquetins, trois bisons, un cervidé, un homme et quatre tectiformes. J. Clottes et ses collaborateurs (1984) s'appuient sur cette dernière étude et confirment le bestiaire, exception faite des chevaux dont ils n'identifient que quatre individus (dont un douteux) ; ils ajoutent une vulve et d'autres signes*. Dans sa thèse, D. Vialou (1986) décrit un boviné, un cheval, six bouquetins, un symbole féminin et des signes dont quatre tectiformes. Ainsi, pour tous les chercheurs, le bouquetin domine dans la faune représentée, cette prédominance est rare et fait de cette grotte un sanctuaire original ; cela est accentué par la présence de tectiformes et l'absence de claviformes, et par l'utilisation de la peinture rouge pour la majorité des figures animales.
Les animaux sont schématiques et de petite taille, excepté le boviné gravé. Aucun n'est complet, parfois seuls le protomé ou la tête sont dessinés ; les corps sont sommairement esquissés ou absents.
La datation des figures reste problématique. L'abbé Breuil isolait trois phases du Magdalénien (moyen, VI et extrême fin du VI) ; A. Leroi-Gourhan considère la partie gravée comme du Magdalénien moyen, mais, pour lui, la partie peinte est plus ancienne ; A. Beltrán classe les figures dans le cycle aurignaco-périgordien d'H. Breuil. J. Clottes remet en cause ces attributions et penche pour un Magdalénien moyen assez homogène. La grotte des Églises, par le style et la thématique des représentations animales, par l'utilisation du pigment rouge et par la présence de signes tectiformes (généralement représentés dans les grottes du Périgord), paraît éloignée des sites d'art magdalénien ariégeois pourtant géographiquement si proches.

Représentation(s) d'animal(aux)

La grotte des Églises compte six représentations de bouquetin. Ces derniers sont tous situés dans la petite galerie ornée dans laquelle aucun panneau ni ensemble délimité n'a été reconnu. Tous ces caprinés sont peints en rouge, colorant généralement peu utilisé pour les figures animales en Ariège, excepté dans la Salle rouge de la grotte du Mas-d'Azil. Autre particularité de cette cavité dans le contexte ariégeois, tous sont sommairement esquissés ; A. Leroi-Gourhan (1965: 549) parle d'un « schématisme poussé à l'extrême ». Le corps des deux premiers bouquetins en entrant dans la galerie est représenté, tandis que les quatre suivants ne montrent que le protomé ou la tête. Les tracés des cornes et des poitrails sont souvent plus épais que pour les autres parties anatomiques. L'animal 17 est tourné vers la droite, alors que les cinq autres regardent vers la gauche. Pour D. Vialou, les bouquetins 2 et 3 sont associés à un signe tectiforme, comme l'animal 9 qui, de plus, est également associé à la vulve. Il considère que, sur les compositions, les signes complexes semblent en position centrale, alors que les caprinés seraient en position latérale, ce qui indiquerait que « l'orientation symbolique du dispositif est d'abord ou principalement abstraite » (Vialou 1986: 330).

Animal(aux) emblématique(s)

Un bouquetin en profil gauche, quasi complet, mais de facture très simple et peint en rouge est tourné vers l'entrée de la galerie. Des traits épais dessinent le contour d'un animal massif dont la longue corne incurvée recoupe nettement la ligne de dos, comme à Niaux et à Bédeilhac (voir fiches). La taille de cette corne permet de penser que c'est un animal mâle qui a été peint. Les pattes avant sont absentes ou effacées. Une patte arrière non détaillée, trop courte et se terminant en pointe, a été tracée. La tête ne présente aucun détail. La queue est absente. Seules les lignes de dos, de la corne et du poitrail sont nettement marquées.

Licence

Droits

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Citer ce document

Azema, Jacques 2022. Les Eglises, grotte (Ussat, Ariège, France) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 16 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6180

Citer le document original

Azema, Jacques. Les Eglises, grotte (Ussat, Ariège, France) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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