Enlène et les Trois-Frères, grottes (Montesquieu-Avantès, Ariège, France)

Description

Les grottes d'Enlène et des Trois-Frères forment, avec la caverne du Tuc d'Audoubert, l'ensemble des cavernes du Volp, situé sur le territoire de la commune de Montesquieu-Avantès (Ariège), dans le piémont pyrénéen (fig. 1a). Elles recèlent toutes les trois d'importants vestiges archéologiques appartenant pour l'essentiel au Paléolithique récent et notamment au Magdalénien, époque durant laquelle leurs nombreuses galeries furent entièrement visitées.
Enlène est le type même de la grotte-habitat, livrant de nombreuses œuvres d'art sur os et sur bois de renne ainsi que plusieurs centaines de plaquettes de grès gravées. Long de 200 m, facile d'accès, ce réseau est en relation étroite avec la caverne des Trois-Frères dont il constituait l'entrée à l'époque préhistorique (fig. 1b). Des fouilles désordonnées eurent lieu au xix e siècle, avant que L. Bégouën n'y travaille entre les deux guerres mondiales, mettant au jour de nombreux objets d'art. Ensuite, d'importantes fouilles ont été menées dans l'ensemble de la cavité entre 1976 et 1990 sous la direction de R. Bégouën, J. Clottes, J.-P. Giraud et F. Rouzaud. Ces travaux ont permis de mettre en évidence une occupation gravettienne limitée à la zone du porche supérieur, tandis que les Magdaléniens investirent les moindres recoins de la cavité, notamment la Salle du Fond. Dans cette salle, qui renferme l'essentiel du matériel mobilier décoré, la séquence la plus ancienne qui correspond à la couche 3 inférieure, est datée au 14C-AMS de 14 460 ± 70 BP Poz-71335 (soit 17 650 ± 230 cal BP). L'occupation principale se situe dans les niveaux c à e et a été datée au 14C-AMS de 13 620 ± 70 BP Poz-71332 (soit 16 435 ±260 cal BP).
La caverne des Trois-Frères communique avec Enlène par un boyau de 65 m de long, le Couloir de la Découverte, là où s'arrête la couche archéologique continue depuis Enlène ; elle se prolonge d'est en ouest sur 285 m dans l'axe de la colline. La première salle donne accès à trois départs de galeries. À droite (au nord), la Galerie des Mains constitue l'accès actuel à la grotte. À gauche (à l'ouest), la Salle du Théâtre est une sorte de carrefour d'où part une galerie secondaire se terminant en cul-de-sac, la Galerie des Points, longue de 130 m. Poursuivant son cheminement vers le fond, le couloir principal passe devant la Chapelle de la Lionne avant d'atteindre une vaste et haute salle, le Grand Éboulis, ancien aven colmaté qui fut longtemps un piège à faune. Un peu plus loin, pour atteindre en contrebas le Sanctuaire, il faut se laisser glisser sur une cascade stalagmitique. Pour aller plus avant et atteindre le Tréfonds, le cheminement délaisse la Cascade et longe à gauche une étroite corniche à 2 m du sol. Non sans quelques difficultés de parcours, on atteint la Galerie du Faisan qui donne accès à la Salle des Gours, à la Galerie des Chouettes, à la Galerie de l'Hémione et à la Salle du Foyer. Dans celle-ci, de nombreux vestiges archéologiques jonchent le sol, répartis autour d'une structure élaborée par l'accumulation de grosses concrétions et d'un fragment de plancher stalagmitique. Sous la conduite de R. Bégouën et d'A. Pastoors, la fouille de cette salle a été réalisée entre 1985 et 1990 (Bégouën et al. 2014). Une quinzaine de datations effectuées aux Trois-Frères confirment sa fréquentation préhistorique au Magdalénien moyen, il y a 17 000 ans (os brûlé prélevé dans le Couloir du Faisan daté au 14C-AMS de 14 210 ± 110 BP GifA-99552 soit 17 294 ± 165 cal BP).

Iconographie

La grotte-habitat d'Enlène a livré un riche mobilier magdalénien dont certaines pièces sont des classiques du genre, tel « le Propulseur* aux bouquetins affrontés ». En revanche, aucun art n'est visible sur ses parois (outre quelques taches rouges dans la Salle du Fond), ce qui ne saurait être fortuit. Au Trois-Frères, après avoir franchi le long boyau qui sépare les deux grottes, il en va tout autrement : l'art mobilier est quasiment absent alors que l'art pariétal est omniprésent.
C'est alors par centaines que se comptent les représentations gravées ou peintes, figuratives ou abstraites, souvent accumulées en importants ensembles. La Galerie des Mains contient plusieurs mains négatives rouges et des points de la même couleur, probablement gravettiens. Le motif principal de la Galerie des Points est un ensemble de trois lignes de points noirs et rouges de 2 m de long. À la Chapelle de la Lionne, c'est un félin gravé de 0,75 m, au corps criblé de signes en flèche et dont la tête est martelée de coups. Le Grand Éboulis franchi, deux têtes de lion sont gravées sur une paroi verticale, bien visibles sur le passage. Les nombreuses gravures du Sanctuaire (fig. 2) sont assemblées en panneaux situés à hauteur d'homme et elles sont dominées à 3 m du sol par l'image peinte et gravée d'une figure appelée « le Sorcier ». Plus de mille gravures y ont été relevées par l'abbé Breuil. Autour des trois espèces majoritaires – bison, cheval et renne – gravitent le bouquetin, l'hémione, l'ours, les oiseaux, le mammouth, le rhinocéros, quelques anthropomorphes, un phallus humain et de nombreux types de signes.
Dans les galeries du Tréfonds, les principales figures du corpus pariétal sont un couple de chouettes et leur petit ; des bisons dessinés, peints ou gravés ; un hémione ; un grand claviforme rouge et des tracés digitaux. Enfin, sur le bas des parois calcaires polies par les ours dans la Salle du Foyer, les Magdaléniens ont exécuté de fines gravures représentant principalement des bisons et des chevaux. La caverne elle-même est dévolue aux bisons et aux chevaux, les rennes suivent et les bouquetins, bien que peu nombreux, arrivent en quatrième position.

Représentation(s) d'animal(aux)

Dans l'art mobilier d'Enlène, le bouquetin est rarement représenté. Seuls huit individus sont figurés, dont deux mis en scène dans un affrontement. Les objets portant des figurations de bouquetin se concentrent dans la Salle du Fond et à l'entrée du Passage de la Découverte, sous la Salle des Morts. Un seul, anciennement découvert (collection L. Bégouën), n'est plus localisable. Ces figures se rencontrent sur deux types de supports : cinq plaquettes de grès et trois rondes-bosses en bois de renne. Les représentations de bouquetin sont toutes de petites dimensions, puisqu'elles varient de 3 à 9 cm de longueur. Les deux individus ornant le propulseur sont les plus complets, bien qu'acéphales. Les autres figures se résument pour l'essentiel à la tête ou à des parties de la tête : vues de profil gauche (n = 3) ou de profil droit (n = 2), montrant soit une corne, soit deux cornes, courtes, en simple courbure et majoritairement sans anneaux (à deux exceptions près). Il est évident que ces dessins incomplets posent le problème de la détermination du genre. Pas un seul ne présente de caractères irréfutables, d'autant que le traitement des cornes est souvent schématique.
L'art pariétal de la caverne des Trois-Frères comprend treize représentations de bouquetin réparties en différents endroits du Sanctuaire, épicentre du décor de la grotte, et une seule dans la Salle du Foyer. Sept sont des bouquetins entiers ou presque, et cinq autres des têtes seules ; sept sont de profil droit, et cinq de profil gauche. La taille des individus complets varie d'une quasi-grandeur naturelle (1,12 m) à une taille réduite à 80 %. Les cornes sont variées : longues ou courtes, plutôt en simple courbure (cinq fois en double courbure), sans anneaux (bien que, sur une figuration, ils semblent avoir été comme rajoutés au profil d'une des cornes). Leur longueur évoque quatre bouquetins mâles, les autres pouvant être des jeunes ou des femelles. Le style est naturaliste bien que le tracé des cornes soit parfois simplifié. Les représentations s'inscrivent presque toutes dans des panneaux plutôt complexes comprenant d'autres animaux ; deux seulement sont isolées.

Animal(aux) emblématique(s)

S'il est une pièce emblématique d'Enlène, c'est bien celle du Propulseur aux bouquetins affrontés, demeurée dans un état de conservation parfait avec une patine brun-jaune (fig. 3). Les corps acéphales de deux jeunes bouquetins s'affrontant occupent le centre de la sculpture, sommet d'un propulseur. Les deux animaux s'alignent sur le crochet. Ils constituent un des chefs-d'œuvre de la sculpture en ronde-bosse de cette époque.
On y voit, successivement la ligne cervico-dorsale sculptée à l'aide d'incisions parallèles continues, la croupe, les pattes postérieures rattachées au reste du support, le jarret, le canon, le sabot bisulque, l'ergot, le ventre et une patte antérieure droite projetée en avant. Le pelage est abondamment indiqué par des séries de traits parallèles. Au vu du caractère spongieux du bois de renne à la naissance des deux cous et à la forme arrondie de ces derniers, les deux têtes n'ont peut-être pas pu être réalisées dans le même bloc de matière (portion de la perche avec le départ de l'andouiller de glace). Selon H. Bégouën et H. Breuil (1958), on peut penser que, « exécutées dans une même matière, elles lui avaient peut-être été ajoutées et fixées avec une substance adhésive (résine) » (Bégouën et al. 1996 : 182-183).
Aux Trois-Frères, la représentation emblématique est sans conteste celle du grand bouquetin mâle du Sanctuaire (fig. 4). Elle fait partie du registre supérieur de la paroi droite en arrivant, registre dont les figures, par leur taille, étaient destinées à être bien visibles. Il est peu profondément gravé et sa lecture est aujourd'hui délicate. Le corps est massif, la queue à longs crins, les pattes sont robustes avec des sabots épais, non fendus. Ses cornes en demi-cercle, selon une perspective semi-tordue, sont imposantes.

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Citer ce document

Bégouën, Robert; Pastoors, Andreas; Feruglio, Valérie 2022. Enlène et les Trois-Frères, grottes (Montesquieu-Avantès, Ariège, France) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 23 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6181

Citer le document original

Bégouën, Robert; Pastoors, Andreas; Feruglio, Valérie. Enlène et les Trois-Frères, grottes (Montesquieu-Avantès, Ariège, France) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

Collections

Coordonnées géographiques *

43.0231971741, 1.19661903381

Département / Région

Pays

* Pour des raisons de sécurité des sites archéologiques, les géolocalisations signalées dans la BJC pointent vers les mairies des communes considérées.