Gourdan, grotte (Gourdan-Polignan, Haute-Garonne, France)

Description

La grotte de Gourdan, aussi connue sous le nom de grotte de l'Éléphant ou grotte murée, se situe en amont de la confluence de la Neste et de la Garonne, sur la commune de Gourdan-Polignan en Haute-Garonne. Dominant la Garonne de 50 m, elle s'ouvre vers l'ouest dans la colline du Bouchet par un vaste porche (6 m de haut par 10 m de large) encombré de blocs (fig. 1a). Elle comprend une vaste salle principale (Grande Salle) et des galeries inférieures.
La grotte de Gourdan est signalée par É. Piette en 1870. Ses ouvriers y fouillent de 1871 à 1875 en utilisant l'explosif pour venir à bout de la brèche, riche en vestiges archéologiques. C'est là qu'il met au point sa première « stratégie de fouilles » (Delporte 1988 : 250-251). Il y décrit les couches suivantes : de bas en haut, la couche à Rennes, la couche à Cheval et Aurochs, puis la couche à Cerf, d'où il extraira un bel ensemble constituant la collection dite Piette, conservée au Musée d'Archéologie nationale – Domaine national de Saint-Germain-en-Laye.
En 1959, L. Michaut, puis en 1965 et 1966, A. Cheynier, y font quelques recherches. C'est seulement en 1985, à la suite d'interventions de fouilleurs clandestins à la recherche de belles pièces, qu'une opération programmée est engagée pour le tamisage des déblais et le repérage de couches encore en place (Virmont & Pinçon 1987). La succession chronoculturelle serait la suivante : Aurignacien*, Magdalénien* moyen et surtout supérieur (« couche à Rennes et Aurochs » de Piette), Azilien. Le Solutréen repéré dans les collections anciennes n'a pas été retrouvé. La faune est abondante, notamment les nombreux restes de rennes, qui révèlent une chasse spécialisée. L'analyse des dents de rennes atteste une occupation hivernale (Clottes 1989). À l'art mobilier* particulièrement riche s'ajoute un art pariétal* découvert lors de la campagne de 1989 par C. Fritz, qui repère des traits gravés sur un fragment de plancher stalagmitique encore en place. Ensuite, six zones gravées vont être mises au jour par l'équipe (fig. 1b). Des esquilles d'os prélevées dans la brèche recouvrant le plancher stalagmitique sur lequel est gravé un bouquetin donnent des dates 14C-AMS situant l'art pariétal au plus tard dans le Magdalénien supérieur : 12 020 ± 100 BP (Gif-8227) soit 13 884 ± 126 cal BP et 12 290 ± 110 BP (Gif - 8228) soit 14 343 ± 246 cal BP.

Iconographie

L'art mobilier paléolithique de la grotte de Gourdan (collection Piette) compte deux contours découpés* en os hyoïde* représentant des têtes de bouquetin, des propulseurs sculptés dont une tête anthropomorphe, des bâtons percés portant des thématiques variées : humain, saumon, aurochs, isards, cerf, oiseau, etc. Des os sont également ornés de gravures de saïgas, chevaux, aurochs, rennes, signes et deux pendeloques à thème figuratif (queue de poisson et figure féminine stylisée en ivoire).
À cet art mobilier sur support osseux s'ajoute un ensemble de 198 plaquettes gravées. Le décor figuratif (25 %) représente 59 animaux, dont des chevaux (n = 18), des bouquetins et isards (n = 7), des cervidés (n = 7), des bisons (n = 6), des poissons (n = 2) et des humains (n = 3). L'essentiel des plaquettes (75 %) porte des thèmes non figuratifs ou tellement fragmenté que les sujets ne sont plus identifiables (Tosello 2004). De nombreux galets gravés de motifs géométriques magdaléniens et aziliens complètent cet ensemble.
L'art pariétal paléolithique de Gourdan est très résiduel. Sur six zones épargnées par les explosions et les terrassements, ont été relevés trois chevaux, un renne, un bouquetin, deux animaux et tracés indéterminés ainsi qu'une figure féminine stylisée du type de Lalinde (Fritz et al. 1996).
L'art de Gourdan s'inscrit dans l'ensemble paléolithique pyrénéen, notamment par ses thématiques figurées ou encore par des éléments stylistiques : ainsi, sur le grand cheval gravé de la zone 5, on note la présence du « M » ventral et son traitement en fines hachures indiquant la ligne de variation du pelage. L'usage de supports comme l'os hyoïde pour la réalisation de contours découpés figuratifs communs dans l'art pyrénéen se distingue ici par l'originalité du sujet choisi, en l'occurrence le bouquetin.

Représentation(s) d'animal(aux)

Onze pièces d'art mobilier de la grotte de Gourdan dans la collection Piette (MAN, ministère de la Culture) portent des représentations de bouquetins, pour la plupart des têtes : une ronde-bosse, deux contours découpés sur os hyoïde, un profil finement gravé sur plaquette de schiste gris, un autre profil gravé sur os plat. Un outil intermédiaire biseauté en bois de cervidé porte une tête détaillée et quatre bouquetins complets stylisés, vus de face. Deux autres outils intermédiaires en bois de cervidé portent pour l'un, deux têtes stylisées vues de face, et pour le second, une autre tête. Un ciseau en bois de renne est orné sur un bord d'un bouquetin stylisé, vu de face également.
Le thème du bouquetin se retrouve sur tout type de support, organique ou minéral, fragment de plaquette ou objet utilitaire. La technique privilégiée est la gravure et, pour les contours découpés, le découpage. Tout en restant dans les canons pyrénéens, les bouquetins de Gourdan présentent deux originalités : l'utilisation de la technique de découpage des os hyoïdes pour cette espèce, moins fréquente que pour le cheval, et la représentation de face des sujets, soit complets soit partiels (tête), allant jusqu'à une simplification et une stylisation extrêmes.
Les surfaces ornées pariétales découvertes récemment et encore in situ ont livré une tête de bouquetin de profil.

Animal(aux) emblématique(s)

Les bouquetins emblématiques de l'art mobilier sont d'évidence les deux contours découpés (collection Piette) figurant des têtes de bouquetins reconnaissables à leur corne profondément annelée dont seule la base est conservée (Gourdan f.2 et f.3). Ils sont tellement similaires que la question se pose de savoir s'ils sont d'un même auteur ou tout au moins s'ils résultent d'une production en série, comme les têtes de chevaux découvertes au Mas-d'Azil (Ariège) ou les têtes d'isards de Labastide (Hautes-Pyrénées ; Fritz & Simonnet 1996). Découpés et gravés finement, ils présentent sur chaque face des détails anatomiques comme l'œil circulaire, prolongé et souligné par un trait pour la caroncule lacrymale, le museau, le naseau, la bouche ouverte, le menton avec la barbiche rendue par un léger relief et la ganache pour l'un. Contrairement aux représentations de chevaux, aucun élément de remplissage pouvant signifier le pelage n'est indiqué, seuls la gravure et le relief mettent en perspective ces détails. Ces contours découpés de caprinés sont un des caractères de l'expression graphique des Magdaléniens pyrénéens et cantabriques. Ils peuvent être rapprochés de deux autres bouquetins découverts à Tito Bustillo (Asturies ; Moure Romanillo 1975) et à La Garma (Cantabrie ; Arias & Ontañon 2004).
Une autre représentation emblématique de bouquetin est, sans conteste, celle gravée sur le plancher stalagmitique : dans un enchevêtrement de tracés gravés non figuratifs, une très belle tête de bouquetin se détache, avec une barbiche et une corne annelée au développement important, l'identifiant comme un mâle dans la pleine force de l'âge. De profil, cette figure de petites dimensions (5 cm, du museau à l'extrémité de la corne) présente de nombreux détails comme la bouche ouverte, une oreille incisée et un œil avec larmier (fig. 3).

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Droits

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Citer ce document

Pinçon, Geneviève; Fritz, Carole; Tosello, Gilles 2022. Gourdan, grotte (Gourdan-Polignan, Haute-Garonne, France) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 24 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6189

Citer le document original

Pinçon, Geneviève; Fritz, Carole; Tosello, Gilles. Gourdan, grotte (Gourdan-Polignan, Haute-Garonne, France) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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* Pour des raisons de sécurité des sites archéologiques, les géolocalisations signalées dans la BJC pointent vers les mairies des communes considérées.