Altxerri A, grotte (Aia, Guipuscoa, Espagne)

Description

La grotte est localisée dans la partie orientale de la région cantabrique dans la localité de Aia (Province de Guipuscoa, Pays basque), non loin de San Sebastián. Le système karstique comprend trois niveaux sur plus de 1 000 m de développement. Fermée pendant des millénaires, elle n'a été découverte qu'en 1956, à l'occasion de l'ouverture d'une carrière temporaire. En 1962, des spéléologues ont découvert des peintures dans la galerie intermédiaire (Altxerri A ; fig. 1) qui ont été étudiées et publiées quelques années après par J.M. Barandiarán (Barandiarán Ayerbe (de) 1964). Une révision complète a été entreprise quelques années plus tard (Altuna & Apellániz 1976). La découverte de deux bisons dans le réseau inférieur (Altxerri C) a été publiée par J. Altuna en 1996 et une étude monographique complète a vu le jour récemment (Ruiz Redondo 2014). L'ensemble de la galerie supérieure (Altxerri B) a également fait l'objet de plusieurs publications récentes (González Sainz et al. 2013, Ruiz Redondo et al. 2017).
Quelques sondages ont été réalisés dans le vestibule du niveau intermédiaire ; ils n'ont fourni que très peu de matériel, écartant l'hypothèse d'une occupation de longue durée (Barandiarán Ayerbe (de) 1964). Deux pièces intéressantes (une lame* et un grattoir) ont été récupérées à la surface d'un petit diverticule où se trouve la grande concentration de représentations pariétales de la zone I (60 gravures).
La galerie supérieure (Altxerri B) semble être plus riche en restes archéologiques, certains en association avec les peintures de la galerie. Mais ce niveau a eu un accès indépendant, aujourd'hui effondré ; la chronologie de son occupation est antérieure à celle des niveaux inférieurs puisque trois dates autour de 39 000 cal BP ont été obtenues pour des fragments d'os trouvés au pied des peintures (González Sainz et al. 2013, Ruiz Redondo et al. 2017).

Iconographie

L'art pariétal du niveau intermédiaire (Altxerri A) se trouve entre 50 et 120 m du parcours souterrain ; il est constitué par des groupes de figures séparés entre eux par plusieurs mètres de vide décoratif. L'inventaire le plus récent fait état de cent cinquante unités graphiques, dont cent dix unités figuratives (Ruiz Redondo 2014). Le dispositif est organisé en trois zones et dix-huit groupes de figures (onze dans la zone I, cinq dans la zone II et deux dans la zone III).
L'iconographie de Altxerri A est très variée (fig. 2) et compte une grande diversité de motifs figuratifs dont certains sont très rares dans l'art paléolithique (lièvre, serpent, renard, ours, oiseau, poisson, animaux imaginaires…). Néanmoins, cette particularité a sans doute éclipsé le fait essentiel : le bison est sans conteste l'animal majoritaire avec soixante-huit exemplaires sur cent dix représentations figuratives, soit 62 % du total.
La gravure prédomine largement, bien que le dessin de couleur noire soit également présent. En de nombreux cas, les deux techniques se combinent, donnant lieu à des figures d'une grande complexité. Une particularité est l'usage étendu du raclage et l'absence quasi totale de couleur rouge, alors qu'elle est presque toujours présente, même de façon marginale, dans les grottes cantabro-pyrénéennes de cette période.
Sur le plan des caractéristiques technostylistiques, Altxerri s'intègre sans ambiguïté dans l'ensemble des grottes cantabriques et pyrénéennes du Magdalénien moyen et supérieur. La présence d'animaux verticaux, acéphales ou renversés, à la silhouette bien proportionnée, d'animaux majoritairement peints en noir et/ou gravés, ainsi que celle de délimitations internes et de conventions stéréotypées pour les bisons, les rennes et les chevaux placent Altxerri dans le groupe défini par A.G. Sieveking (2002 : 88). Certaines figures d'Altxerri sont d'authentiques stéréotypes des conventions magdaléniennes.

Représentation(s) d'animal(aux)

L'ensemble des représentations d'Altxerri ne compte que quatre bouquetins. Bien que ce chiffre soit peu élevé, certains d'entre eux sont représentés de façon très vivante, faisant d'eux l'espèce qui présente la plus grande complexité dans son animation. Ce sont les figures I.3.7, I.9.48, II.1.11 et III.1.1. Toutes sont réalisées sur un support de calcite homogène qui couvre la majeure partie des parois de la grotte.
Les trois premières sont gravées, tandis que la quatrième est dessinée au trait noir. Aucune ne combine peinture et gravure, alors que c'est un usage assez fréquent dans la grotte. Les deux figures de la zone I présentent une différence notable par rapport aux autres : une grande attention est portée aux détails, à l'animation et au naturalisme. Celles des zones II et III sont beaucoup plus simples : une se limite à une simple tête gravée (II.1.11), l'autre est une silhouette noire sans aucun détail interne (III.1.1). Toutes ont cependant des traits communs tels que la proportion des silhouettes, la perspective uniangulaire, la représentation de l'œil et deux cornes sinueuses. À l'exception du bouquetin I.3.7, ils font partie de compositions associant des bisons et un animal imaginaire.

Animal(aux) emblématique(s)

Le bouquetin Altx-I.9.48 (Altxerri f.2, fig. 3) est celui identifié comme la figure 34 par J.M. Barandiarán (1964 : 110) et par J. Altuna et J.M. Apellániz (1976 : 50).
Il s'agit d'un bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica) complet, en profil droit, en position légèrement oblique. Il possède un seul antérieur et deux membres postérieurs, terminés en pointe. Les postérieurs sont en perspective uniangulaire, de même que les cornes. L'animation est exceptionnelle : l'animal est représenté en plein saut, les pattes postérieures étirées en arrière et les antérieures repliées, la tête est tendue vers l'avant en position basse. En outre, on a représenté le pelage du dos hérissé comme volant au vent. Le résultat est extrêmement expressif et réaliste. Plusieurs détails contribuent à donner vie à l'animal : un œil circulaire, une oreille, la barbe triangulaire, la queue courte en double trait, les cornes à double courbure typiques de l'espèce et le pelage figuré par des traits à l'intérieur du corps.
La technique utilisée est la gravure simple et répétée pour tout le contour. Seuls l'œil, l'une des deux cornes et le pelage interne sont gravés d'un trait simple et unique. L'auteur a dû se tenir debout, car la figure se trouve à 177 cm du sol (elle mesure 26 cm de long pour 15 cm de haut).
Ce bouquetin sautant présente une grande similitude de forme et d'expression avec un bouquetin d'El Bosque (Ruiz Redondo & Gárate Maidagán 2014 : 151).

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Droits

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Citer ce document

Ruiz Redondo, Aitor 2022. Altxerri A, grotte (Aia, Guipuscoa, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 20 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6200

Citer le document original

Ruiz Redondo, Aitor. Altxerri A, grotte (Aia, Guipuscoa, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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