Cualventi, grotte (Oreña, Cantabrie, Espagne)

Description

La grotte de Cualventi est localisée dans la commune d'Oreña, à environ 2 km de la ligne de côte actuelle, dans la province de Cantabrie. Elle est située à 65 m au-dessus du niveau de la mer et n'est distante de la grotte d'Altamira que de 2,9 km à vol d'oiseau. Elle s'ouvre au fond d'une large doline à la base d'une colline calcaire orientée à l'ouest dans une petite vallée ouverte sur la mer (fig. 1a).
La grotte débute par un large vestibule au fond duquel s'ouvre un puits de grande taille, dénommé La Covacha, qui communique avec le réseau inférieur du système karstique (fig. 1b). Au-dessus, une entrée donne accès à un dédale de galeries d'altitudes différentes, au développement assez complexe. À l'étage inférieur, on observe une grande quantité de sédiments apportés par l'eau depuis la doline, c'est-à-dire depuis le gisement de Cualventi.
La grotte de Cualventi a été découverte en 1876 par A. González Linares et S. Calderón y Arana. Elle a été l'une des premières grottes paléolithiques connues dans la région cantabrique, mais ce n'est qu'en 1976, un siècle plus tard, que les premières fouilles archéologiques ont été entreprises par M.A. García Guinea, pour se prolonger jusqu'en 1990. Malheureusement, malgré le grand volume de sédiment déplacé, ces fouilles n'ont produit que peu d'informations (García Guinea 2000).
En 2003, le gisement a été inclus dans le projet de recherche du musée d'Altamira, « Le temps d'Altamira » (Rasines del Río et al. 2009). Deux sondages stratigraphiques ont été ouverts et ont conduit à la découverte de la majeure partie de la documentation paléolithique (Lasheras Corruchaga 2016), consistant en une série stratigraphique de plus de 5 m d'épaisseur en deux coupes parallèles localisées sur les profils sud et est de l'imposante tranchée laissée par les fouilles des années 1980. Cette stratigraphie se divise en trois grandes unités sédimentaires : l'effondrement du porche de l'abri qui s'est produit à l'Holocène (niveau A) et au Pléistocène* supérieur (niveau C) ; les dépôts de limon et de sable du Pléistocène supérieur final (niveaux B et D), avec des couches intercalées qui indiquent des épisodes à caractère érosif dû à l'eau ; enfin, le niveau E (le seul que l'on puisse qualifier de niveau archéologique) qui a été l'objet de la fossilisation holocène* du puits principal de l'abri, La Covacha, où se trouve la majeure partie de l'art pariétal.
Dans la grotte ont été mis au jour des vestiges de la Préhistoire récente, du Mésolithique,* de l'Épipaléolithique et du Paléolithique récent avec des indices de Solutréen, un puissant niveau Magdalénien inférieur et peut-être moyen, ainsi que des indices d'occupations sporadiques du Magdalénien supérieur auquel appartient le célèbre « bâton de commandement » avec la représentation de cerf, comparable à celle de la grotte d' El Castillo. En marge de tout ceci, l'activité graphique peut être rapportée au Gravettien.

Iconographie

L'art mobilier n'est pas spécialement abondant à Cualventi, malgré la présence de nombreux objets de parure et des sagaies décorées. On ne trouve aucune représentation figurative ou motif géométrique complexe, qui sont pourtant classiques dans le Magdalénien inférieur/moyen, si présent dans le site. Au contraire, la collection surprend par sa parcimonie décorative (limitée à quelques lignes sur des sagaies et sur des fragments d'os ou de bois de cervidé isolés). La découverte du bâton percé, orné d'un magnifique cerf en tout point comparable à un exemplaire du Castillo (daté du Magdalénien supérieur final), est surprenante, car la grotte n'a pas de contexte de cette période.
Les représentations pariétales se trouvent en grande partie dans une petite salle (La Covacha), située au fond de l'abri. Nous distinguons deux ensembles :
- d'un côté, un ensemble de figures rouges, comportant des représentations animales de grandes dimensions et des taches (certaines d'entre elles ont sans doute été à l'origine des figures de quadrupèdes). On dénombre un bison et un bouquetin complets, un protomé de biche, la croupe d'un équidé, et la figure complète d'un autre équidé (avec des réserves dues à sa mauvaise conservation). La chronologie proposée pour cet ensemble se situe entre le Gravettien et le Solutréen ancien ;
- d'autre part, un petit panneau de gravures avec de petites figures localisées dans une marmite formée dans la voûte par l'eau sous pression. On compte une tête de biche, un bouquetin presque complet et deux têtes de bouquetin, ainsi que le corps d'un quadrupède. Ils sont attribués au Magdalénien inférieur, en raison notamment de la tête de biche à la langue tirée.
Cualventi renferme actuellement vingt-neuf unités graphiques pariétales, dont des peintures rouges (n = 23) parmi lesquelles se trouvent des représentations figuratives (n = 5), et des gravures (n = 6), dont des animaux (n = 5).

Représentation(s) d'animal(aux)

Quatre représentations de bouquetins ont été identifiées dans la cavité. L'une est peinte en rouge, trois sont gravées en trait simple et peu profond.
Le bouquetin rouge de Cualventi possède d'abondants parallèles dans les grottes de la région cantabrique, tant sur le plan technique que sur celui des conventions stylistiques. Il s'inscrit bien dans les caractéristiques de ladite « école de Ramales » à laquelle appartiennent les peintures rouges d'Arenaza, Covalanas, La Haza, La Pasiega A, El Pendo, El Arco, Pondra, sans oublier El Salitre, La Garma, La Llosa et Cordoveganes.
La technique du tampon, l'usage préférentiel de la couleur rouge et de la teinte plate partielle, les conventions spécifiques pour les représentations de biches et de bouquetins (oreilles, cornes), ainsi que l'aspect général, s'ajustent bien aux particularités du style cantabrique pré-magdalénien. Pourtant, le bouquetin de Cualventi s'éloigne quelque peu de ceux des autres grottes cantabriques. C'est seulement dans la tête et les cornes du bouquetin du Pendo que nous trouvons un parallèle approximatif.
Quant à la chronologie, il existe un doute raisonnable, compte tenu du faible nombre de datations numériques dont nous disposons (obtenues indirectement par TL sur coulées stalagmitiques superposées aux peintures). Néanmoins, la plupart des auteurs tendent à situer ce type de représentations entre le Gravettien et le Solutréen initial, mais la chronologie la plus ancienne commence à faire des adeptes.
Le second ensemble consiste en trois représentations de bouquetins gravées. Toutes sont partielles et réalisées en incisions simples parfois répétées, avec des traces de corrections. Elles présentent une grande homogénéité technique et stylistique et partagent les mêmes conventions.
Dans tous les cas, la tête est représentée avec ses appendices (oreilles et cornes). Une seule figure est presque complète, les autres sont limitées à des protomés (fig. 2). L'exécution est peu soignée et montre une tendance au schématisme par rapport à la tête de biche à laquelle elles se superposent.
Tous ces bouquetins ont des cornes longues, plus ou moins arquées et dirigées vers l'arrière. On note l'utilisation de microfossiles pour indiquer l'œil dans deux cas, ainsi que l'étrange forme curviligne du museau de ces trois bouquetins et leur attitude inclinée vers le haut (à mettre en relation avec la posture contrainte de l'artiste pour atteindre le panneau). Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un ensemble assez naturaliste, bien que les figures soient simples et même « ingénues ».
Les figures gravées de Cualventi présentent des parallèles avec d'autres ensembles attribués au Magdalénien inférieur cantabrique, caractérisés par la simplicité et le naturalisme. Un détail particulièrement intéressant est la langue sortie de la biche, fréquente chez les bisons du Magdalénien inférieur et moyen (Altamira, Hornos de la Peña, Los Moros de San Vitores, Covaciella…).
La position très dynamique du bouquetin complet est également caractéristique du Magdalénien régional où des figures avec les pattes lancées en avant évoquent fréquemment le mouvement. La petite taille des figures est aussi caractéristique, de même que leur simplicité et leur localisation dans un espace latéral et peu visible de la cavité.
Pour ce qui concerne la chronologie, laissant de côté l'attribution stylistique qui nous renvoie sans aucun doute au Magdalénien, il existe une donnée qui fournit un intéressant terminus ante quem : La Covacha était scellée lorsque s'est formée la partie supérieure du niveau E de l'abri (à cheval sur le Magdalénien inférieur et moyen).

Animal(aux) emblématique(s)

La figure se trouve dans un panneau situé entre 96 et 183 cm au-dessus du sol actuel, qui mesure un peu plus de 100 cm de large. Pratiquement toute la surface de la figure est couverte de colorant rouge, très imbibé et diffus, qu'il convient d'interpréter comme les restes d'un grand quadrupède pratiquement perdu (en partie tamponné et en partie en teinte plate). Néanmoins, en suivant les lignes tamponnées, on peut identifier la représentation complète d'un bouquetin de 58 cm de large sur 42 cm de haut (fig. 3). Cette figure comprend une seule corne, longue et peu arquée, la tête, le cou, le poitrail avec l'amorce d'une patte antérieure, la ligne cervico-dorsale, l'arrière-train (avec une unique patte postérieure) et la queue relevée. Le contour est fait par de larges tampons juxtaposés (beaucoup plus gros que les points qui pourraient être faits avec le doigt) qui aboutissent à un remplissage similaire à un aplat, particulièrement appréciable au niveau de la tête, de l'encolure et sur le ventre.

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Citer ce document

Montes Barquín, Ramón; Muñoz Fernández, Emilio 2022. Cualventi, grotte (Oreña, Cantabrie, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 12 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6211

Citer le document original

Montes Barquín, Ramón; Muñoz Fernández, Emilio. Cualventi, grotte (Oreña, Cantabrie, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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