La Pasiega, grotte (Puente Viesgo, Cantabrie, Espagne)

Description

La grotte de La Pasiega est l'une des quatre grottes du mont Castillo à Puente Viesgo (Cantabrie). C'est un réseau très ramifié dans lequel on a coutume de considérer quatre galeries distinctes (A, B, C, D) interconnectées et de contenus bien différents, qui ont pu fonctionner comme des entités indépendantes (fig. 1). Au Paléolithique récent, plusieurs entrées, différentes de celles que l'on emprunte aujourd'hui, ont existé. La grotte est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis juillet 2008.
Les fouilles de J. Carballo et de J. González Echegaray au début des années 1950 ont été entreprises à l'occasion de l'ouverture de la grotte au public (González Echegaray & Ripoll 1954). Localisées à l'entrée de la galerie B, elles ont livré une occupation du Solutréen supérieur avec des feuilles de laurier, des pointes à cran et des pointes à base concave, ainsi que du Magdalénien inférieur cantabrique, caractérisé par des sagaies à section triangulaire et carrée. À noter une sagaie à très long biseau avec une profonde rainure sur la face dorsale qui rappelle les sagaies de Lussac-Angles. Dans l'art mobilier, très rare, on observe la présence d'une baguette demi-ronde avec un décor curviligne qui ressemble un peu à celui de certaines baguettes d'Isturitz (Barandiarán Maestu 1973 : 171, planche 27.2).

Iconographie

Mis à part la monographie pionnière de H. Breuil, H. Obermaier et H. Alcalde del Río en 1913, aucune étude d'ensemble n'a jamais été consacrée à cette grotte majeure. Au fil du temps, de nombreux articles plus ou moins ponctuels lui ont été dédiés (González Echegaray 1964, Glory 1965, González Echegaray & Moure Romanillo 1971, Castillon 1980, Carayon 1984-1985, González Sainz 1999, Groenen & Martens 2010). La dernière révision est celle de R. de Balbín Behrmann et C. González Sainz entre 1984 et 1993, qui a donné lieu à plusieurs articles (Balbín Behrmann & González Sainz 1994, 1995, 1996), mais il est difficile de se faire une idée de l'ampleur et de la diversité des œuvres qu'elle renferme (fig. 2 et 3). Le nombre d'œuvres figuratives est passé de 250 (González Echegaray & Ripoll Perello 1954) à plus de 300 (González Sainz & Balbín Behrmann 2010), sans compter les quelque 180 signes répertoriés (« claviformes », signes quadrangulaires et ponctuations).
Le secteur B commence très près de l'entrée préhistorique. Il est le plus hétérogène et renferme de petits ensembles de différentes chronologies, sans connexion. Il commence par de grandes figures rouges (bisons, chevaux et un mégacéros), accompagnées par endroits de gravures de styles différents. Une grande composition symbolique s'étale à la vue sur une paroi dégagée. Un corridor surélevé, annoncé par un grand « claviforme » à la voûte, est orné d'un capriné et de multiples gravures ; il donne accès à l'un des lieux les plus secrets de la grotte, la rotonde aux Bouquetins. En avançant plus avant, on trouve encore un ensemble de signes « claviformes » dans une niche, puis quelques gravures, dont un oiseau et un poisson.
Au fond de la galerie B, on débouche dans la galerie A qui se poursuit sur une vingtaine de mètres jusqu'à une diaclase terminale, très étroite, presque impénétrable, remplie de signes quadrangulaires au remplissage varié. Mais avant d'arriver là, le visiteur est saisi par un tourbillon d'animaux sur les parois et la voûte, d'une exécution très homogène (souvent en rouge, réalisée au tampon évoluant parfois vers la teinte plate) : des chevaux, biches, cerfs, bisons, aurochs, de plus rares figures en contour noir, le tout parsemé de signes quadrangulaires, à arc en accolade ou non.
De l'embranchement des galeries B et A part vers la gauche une galerie (D) où l'on ne rencontre que des figures isolées dans des recoins ou des niches, ici un cerf, là deux chevaux peints, puis deux autres gravés, ou encore des aurochs, d'apparence plus ancienne qui rappelle des œuvres gravettiennes.
La galerie C possédait sa propre entrée, ce qui explique qu'elle ait été relativement autonome par rapport au reste de la caverne (bien qu'une communication existe avec la galerie D). Sur un espace relativement réduit, un grand nombre de figures a été accumulé donnant lieu à d'intéressantes superpositions. Les peintures, rouge, violacée, jaune et noire, formant parfois des tentatives de bichromie, se mêlent aux gravures. Parmi celles-ci se trouvent des biches striées d'un style bien connu au Castillo ou à Altamira et daté du Magdalénien ancien cantabrique. Les peintures rouges sont les plus anciennes, incluant des figures animales et plusieurs signes tels que les claviformes, les quadrangulaires et autres. Les peintures noires sont les plus récentes : un bouquetin a pu être daté par 14C-AMS du Magdalénien moyen (13 730 ± 130 BP (GifA-98166) soit 16 600 ± 211 cal BP) et un bison du Magdalénien supérieur (12 460 ± 160 BP (GifA-98165) soit 14 626 ± 308 cal BP). Ainsi, des signes cantabriques et des biches rouges ponctuées aux figures du Magdalénien final, en passant par les biches striées, tout le spectre du Gravettien-Solutréen à la fin du Tardiglaciaire est représenté sur quelques dizaines de mètres carrés dans la galerie C. Des essais de datations par Uranium-Thorium ont donné des dates comprises entre 730 ans et 18 468 ans à La Pasiega C (Pike et al. 2012) et il est impossible d'en tirer une information archéologique fiable.

Représentation(s) d'animal(aux)

Nous avons retenu 22 représentations de bouquetins à La Pasiega : 1 dans la galerie A, 16 dans la galerie B, 5 dans la galerie C, mais certains auteurs en comptent jusqu'à 34 (González Sainz & Balbín Behrmann 2010 : 202). La plupart sont clairement des bouquetins pyrénéens d'après la double inflexion de leurs cornes, mais cela ne signifie pas que les autres (à cornes simplement incurvées ou à cornes droites) soient des bouquetins des Alpes, car la variabilité est très grande à l'intérieur d'ensembles homogènes – comme la rotonde de la galerie B – et doit être mise sur le compte d'une tendance au schématisme.
La diversité des styles et des techniques mis en œuvre illustre bien la longue durée d'occupation de la grotte. Le temps qui sépare la réalisation du bouquetin rouge de la galerie A (La Pasiega f.1) de celle des bouquetins noirs de la galerie C (La Pasiega f.18 et f.19) couvre la plus grande partie du spectre temporel. La rotonde de la galerie B (en B8) occupe une place particulière dans l'iconographie de La Pasiega (fig. 2), en raison de la place prépondérante occupée par le bouquetin (n = 13) face aux chevaux (n = 6), aux cerfs (n = 2) et aux biches (n = 2). Cet exemple n'est cependant pas unique puisque la grotte d'El Bosque dans les Asturies (El Bosque) compte au minimum 23 bouquetins pour 1 seul aurochs (Fortea & Rodríguez Otero 2007). Il y a donc des secteurs pariétaux, voire des sites entiers, où le bouquetin est l'animal dominant.

Animal(aux) emblématique(s)

Nous avons choisi le bouquetin peint situé dans le corridor (en B7, fig. 3) aboutissant à la rotonde aux Bouquetins gravés, salle basse (environ 65 cm de hauteur) et sans issue, qui recèle la plus grande concentration de caprinés de la grotte. Avec ses longues cornes à double courbure, il est représentatif du bouquetin des Pyrénées, omniprésent dans toute la région cantabrique. Il est l'exacte antithèse des minuscules caprinés finement gravés, à peine perceptibles, qui constellent le plafond de la rotonde, où l'on a peine à se mouvoir. On peut penser que ce bouquetin majestueux est le terme introductif, le faire-valoir, le guide annonciateur du monde caché des caprinés invisibles.

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Citer ce document

Sauvet, Georges; Ontañón Peredo, Roberto 2022. La Pasiega, grotte (Puente Viesgo, Cantabrie, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 21 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6223

Citer le document original

Sauvet, Georges; Ontañón Peredo, Roberto. La Pasiega, grotte (Puente Viesgo, Cantabrie, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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