Cosquer, grotte (Marseille, Bouches-du-Rhône, France)

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Description

La grotte Coquer, du nom de son inventeur, se trouve à 8 km au sud de Marseille, dans le massif des Calanques, à l'extrémité ouest du cap Morgiou. Bien qu'elle ait été découverte en 1985, son existence n'a été révélée qu'en août 1991. Plusieurs campagnes de relevés et d'études, dirigées par J. Clottes et J. Courtin, s'y sont succédé entre 1992 et 2003 (Clottes & Courtin 1994, Clottes et al. 2005).
La plus grande partie du réseau a été envahie par la mer lors de la transgression postglaciaire. L'entrée de la grotte, très étroite, s'ouvre à 37 m sous le niveau de la mer et donne sur une longue galerie (120 m) ascendante et relativement étroite qui débouche dans une salle exondée d'environ 60 m de diamètre. Celle-ci communique avec une deuxième salle, moins étendue. À l'extrémité est de ce secteur se trouve un puits, aujourd'hui noyé, de 10 m de diamètre pour une profondeur de 20 m. Au-dessus se développe une voûte en cloche, haute d'une trentaine de mètres. En bordure même du puits, un massif de draperies stalagmitiques porte un groupe de mains négatives noires, tandis que le plafond présente de nombreuses gravures et mains négatives. Celui qui les a tracées se trouvait dans une position dangereuse puisqu'il tournait le dos à l'à-pic.
Des datations radiométriques ont été réalisées sur les figurations tracées au charbon et sur les très abondants charbons qui jonchent les sols (restes de torches en bois de pin sylvestre). Elles ont mis en évidence deux phases de fréquentation. L'une, il y a environ 31 000 ans, correspond au Gravettien ; elle comprend les mains négatives, divers animaux gravés au trait fin recoupés par des mains négatives tracées au charbon et des signes (datations directes des premières de 27 110 ± 390 BP (GifA-92409) soit 31 157 ± 305 cal BP et 27 110 ± 400 BP (GifA-92491), soit 31 162 ± 320 cal BP). La seconde, il y a environ 23 000 ans, est contemporaine du Solutréen, culture qui n'est pas représentée dans la basse Provence où elle est remplacée par le Salpêtrien* (Épigravettien ancien). C'est à cette période qu'on peut rapporter la grande majorité des animaux et des signes. Il n'y a aucun indice d'une fréquentation postérieure de la grotte.
La cavité n'a jamais été habitée (du moins dans sa partie haute). Elle n'a fourni ni faune, ni débitage de silex, ni foyer culinaire. Les quelques éléments lithiques retrouvés, une dizaine de lames, ont servi à la découpe bouchère et peut-être à la réalisation des gravures.

Iconographie

Notre perception de l'art de la grotte Cosquer est biaisée puisque les trois quarts du réseau sont aujourd'hui ennoyés. On peut donc estimer que seulement un tiers ou un quart des œuvres ont été préservées.
Les gravures dominent largement les dessins tracés au charbon de bois. La quasi-totalité des gravures (hormis les tracés digitaux) a été réalisée au trait fin (trait à section en « V »), sans doute avec un silex. Les dessins au charbon ont parfois été tracés à l'aide d'une extrémité de torche, ce qui, une fois la partie charbonneuse usée, a laissé des traces incisées dans le mondmilch*.
Ont été dénombrés 177 animaux, 20 indéterminés, 1 anthropomorphe, 65 mains négatives et 216 signes. S'y ajoutent quantité de tracés digitaux, présents partout où la roche est altérée, et diverses traces (empreintes de doigts, prélèvements de mondmilch, bris de concrétions ; Clottes et al. 2005).
Les animaux les plus représentés sont les chevaux (n = 63 soit 35,6 % de l'ensemble des figures animales) ; la plupart sont gravés (n = 45), les autres sont dessinés (n = 18). Douze portent un ou plusieurs signes en forme de projectile, parfois empenné et barbelé. Aucune distinction stylistique ne peut être observée entre les chevaux de la phase 1 et ceux de la phase 2, phases déterminées par les datations directes.
Les caprinés viennent ensuite avec 32 figurations (18,1 %) : 29 bouquetins (3 dessinés au charbon et 26 gravés ; Clottes et al. 2005, Martin 2010) et 4 chamois (gravés). Les bovinés (n = 24, soit 13,6 %) se répartissent entre 18 gravures et 6 dessins. On identifie, parmi eux, 10 bisons (dont un seul entier, en noir), 7 aurochs et 7 indéterminés. On ne compte que 17 cervidés (9,6 %), parmi lesquels 11 cerfs, 4 biches et 2 mégacéros (l'un gravé, l'autre en noir). Une tête gravée d'antilope saïga complète la liste des herbivores représentés. Les animaux marins sont une des originalités de la grotte Cosquer : on y trouve 8 phoques, tous gravés et tous surchargés de signes en forme de projectile, 3 pingouins dessinés en noir, 4 poissons indéterminés et plusieurs signes interprétés (très prudemment) comme des méduses. Une unique tête de carnivore (peut-être un lion ou un ours), tracée au charbon et datée par 14C-AMS (prélèvement direct) de 19 200 ± 240 BP (GifA 92418), soit 23 144 ± 295 cal BP, clôt l'énumération des animaux. On peut cependant y ajouter une vingtaine d'indéterminés et animaux hybrides.
Les mains négatives (n = 65) sont noires (n = 44) ou rouges (n = 21), selon qu'elles ont été tracées au charbon ou obtenues en projetant un crachis d'argile prélevé dans la grotte. Plus de la moitié d'entre elles présentent des doigts incomplets. En outre, plusieurs ont été délibérément effacées par raclage, barrées ou surchargées de traits ou parfois d'animaux gravés.
Particulièrement nombreux (n = 216), les signes sont très variés : on a ainsi identifié des barres, des points, des signes en « X », en ligne brisée (chevrons), en bande développée, des signes quadrillés, sinueux, ovales, entrecroisés, pisciformes, etc. Certains ont été tracés au charbon, mais la majorité a été gravée. Une partie est spécifique à la grotte Cosquer : il s'agit de signes gravés en forme de projectile (n = 47), dont la base bifide rappelle schématiquement un empennage de projectile, et de signes rectangulaires (n = 18), parfois munis d'une ou deux « poignées » (signes en « valise »). Enfin, il faut signaler un signe gravé du type « Placard ».

Représentation(s) d'animal(aux)

Le bouquetin est, avec le cheval, l'animal emblématique de la grotte (n = 29), il est souvent gravé (n = 26, fig. 2), parfois dessiné au charbon (n = 3). On a dénombré également quatre possibles chamois, à l'encornure exagérée, tous gravés. Les bouquetins de la grotte Cosquer sont tous dessinés dans le même style, avec des pattes filiformes en « béquille » ou en « Y », excepté le sujet avec les pattes en « X » (voir ci-dessous). Plusieurs animaux ont le corps surchargé de croisillons, peut-être pour figurer le pelage ; ces mêmes croisillons se retrouvent sur des chevaux et des phoques.
Dix-neuf bouquetins se trouvent au milieu de la grotte ; six autres sont représentés à l'entrée gauche (ouest) de la grande salle, quatre au fond (dont trois au bord du grand puits noyé). Les bouquetins dessinés au charbon ont été tracés sur un plafond bas de calcaire dur, parfois concrétionné ; les animaux gravés l'ont été de préférence sur des surfaces altérées par le mondmilch, ce qui en a facilité la réalisation. Les animaux entiers dominent, mais il y a quelques avant-trains (n = 3) et des têtes. Quatorze bouquetins sont tournés vers la droite, autant vers la gauche.
Sur les bouquetins gravés, l'œil est très rarement figuré (n = 6), ce qui est d'ailleurs la règle pour tous les autres animaux gravés. Le sexe est, lui aussi, rarement indiqué. Six bouquetins gravés portent, sur le corps, une bande de croisillons que l'on peut également observer sur d'autres animaux, y compris les phoques, et parfois comme un signe isolé. Les attitudes sont raides, les pattes sont représentées par un trait simple ou en « Y », et tous sont figurés debout, à l'exception du bouquetin 1 (dessiné au charbon), représenté les pattes avant repliées (fig. 3). Un seul bouquetin (gravé) a les pattes avant croisées en « X », détail que l'on connaît dans l'art solutréen de la grotte d'Ebbou, en Ardèche. Le plus petit bouquetin (gravé au trait fin), qui fait partie d'une frise sur le plafond près du grand puits, ne mesure que 12,5 cm. Cette frise appartient à la phase 1, d'âge gravettien. Le plus grand bouquetin atteint 72 cm de long ; la plupart des autres dépassent 40 cm.
La majorité des bouquetins représentés s'inscrit dans un panneau ou dans une frise et est associée étroitement à d'autres animaux : avec un cheval (n = 7), avec un phoque (n = 5), avec un boviné (n = 3), avec un mégacéros, un cerf ou un chamois (n = 2), et une seule fois avec une biche. Ainsi, le bouquetin 1 (en noir) est associé au cerf 1, aux chevaux 7 et 8, et aux bouquetins 27 et 28, tous également dessinés au charbon. Plus du tiers des bouquetins représentés – mais jamais ceux dessinés au charbon – sont surchargés par des signes en forme de projectile.

Animal(aux) emblématique(s)

Parmi les nombreuses représentations de bouquetin de la grotte Cosquer, deux peuvent être retenues comme emblématiques du site, le bouquetin peint Bq1 et le bouquetin gravé Bq4.
Le premier est un bouquetin complet, peint en noir (Bq1, fig. 3a). Il est tourné vers la gauche, sur une voûte dans le sud-ouest de la salle basse, à côté de cerfs et de chevaux peints (fig. 3b). J. Clottes et J. Courtin (1994 : 106) en donnent la description suivante
Le second bouquetin (Bq4, fig. 4) est localisé sur une voûte en rotonde, à 1,71 m du sol, à droite et à quelques mètres de la grande draperie des mains (fig. 1a). J. Clottes et J. Courtin (1994) le décrivent ainsi

Références

Bonifay 1977, Clottes & Courtin 1994, Clottes et al. 2005, Martin 2010.

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Citer ce document

Courtin, Jean 2022. Cosquer, grotte (Marseille, Bouches-du-Rhône, France) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Juin 2023, consulté le 30 Septembre 2023, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6229

Citer le document original

Courtin, Jean. Cosquer, grotte (Marseille, Bouches-du-Rhône, France) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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