Le Colombier, grotte et abri (Vallon-Pont-d’Arc, Ardèche, France)

Description

Dans la partie supérieure des gorges de l'Ardèche, au pied du massif du Saleyron, trois cavités qui communiquent entre elles sont regroupées sous le même nom : « le Colombier » (fig. 1a et 1b). Il s'agit d'abord d'un grand abri utilisé en bergerie ; puis d'une grande grotte dont le porche est escarpé ; enfin, d'un petit abri inférieur, situé à 4 m en dessous du porche de la grotte. Elles constituaient à l'origine un seul habitat complexe, aujourd'hui très amoindri par l'érosion (Gély et al. 2013 : 20). Deux d'entre elles ont été décorées au Magdalénien supérieur.
Les gravures pariétales magdaléniennes de la galerie principale de la grotte ont été découvertes en 1946 par deux spéléologues, G. Claron et A. Crouzet. Elles ont été étudiées par A. Glory en 1948 et 1949, puis par d'autres chercheurs jusqu'en 1957, et, enfin, en 1966 par L. Chabredier. Une campagne de relevés photographiques a eu lieu en 1981 (Combier 1984 : 617, Combier et al. 1984 : 622).
Dans l'abri inférieur, la séquence stratigraphique présente, dans sa partie supérieure, six niveaux datés de l'Azilien et quatre autres du Magdalénien supérieur et/ou final. Des gravures magdaléniennes y ont été découvertes à plusieurs reprises. Les premiers blocs gravés ont été recueillis lors des fouilles d'A. Héritier entre 1956 et 1960. À la suite des fouilles de P. Ayroles, de 1973 à 1975, l'ensemble le plus important de gravures a été mis au jour en 1976 par J.- L. Porte. Lors de la campagne de moulages et de relevés photographiques menée en 1981 dans la grotte (voir ci-dessus) et dans l'abri, d'autres emplacements gravés ont été localisés et décrits. Les recherches de G. Onoratini, de 1990 à 1995, ont livré en stratigraphie des écailles de calcaire décorées, détachées par le gel (Onoratini et al. 1992). L'âge 14C obtenu pour la partie supérieure de l'éboulis (couche 15A) ayant livré une de ces écailles de calcaire est de 11 460 ± 310 BP (Gif-8717 ; Onoratini et al. 1992 : 409), soit 13 531 ± 333 cal BP. Une autre écaille décorée d'un bouquetin provient de l'éboulis au fond de l'abri ; il s'y ajoute un petit bouquetin schématique mis au jour, en place, sur la paroi du fond de l'abri. Enfin, en 2008, une opération de numérisation 3D du bloc orné principal et des parois de l'abri a été conduite par M. Azéma (Azéma et al. 2010).

Iconographie

Dans la grotte, les premières figures ont été réalisées au niveau d'un évasement de la galerie, à une quarantaine de mètres de l'entrée, dès qu'il est possible de se redresser durablement. Au côté d'une dizaine d'autres gravures (un ou deux aurochs, dont un superbe taureau à tête détaillée qui est la plus grande figure de la cavité, une « biche » superposée au taureau, un « masque humain » et plusieurs « signes bouclés ») se trouvent deux bouquetins également gravés.
Dans l'abri inférieur, le bestiaire est constitué uniquement de bouquetins, dont une probable étagne ; parmi les rares figures non animalières, un signe ovale rempli de stries est « isolé », placé sur un pointement rocheux dans la partie antérieure de l'abri.

Représentation(s) d'animal(aux)

Si la grotte ne compte que deux représentations de bouquetins, l'abri inférieur, en revanche, en propose au minimum seize et au maximum vingt, l'étude exhaustive de la décoration de cet abri n'ayant jamais été entreprise. Ce sont donc dix-huit à vingt-deux représentations de bouquetins que renferme le Colombier.
Dans la grotte, le premier bouquetin, en profil gauche, est gravé sur la pellicule de calcite. Assez schématique (il fut même décrit comme un « cervidé tournant la tête »), il est pourtant complet (7 cm de long), avec quatre pattes et deux cornes. Le traitement assez raide des membres, avec un rendu assez juste de la perspective, offre des analogies avec certaines figures érodées de l'abri inférieur (voir ci-dessus).
Le second bouquetin est réduit à un protomé (12 cm de haut) en profil gauche. Associé à deux signes ovales bouclés, il est profondément gravé sur la paroi calcaire d'un diverticule où il faut se tenir accroupi. Il s'agit certainement d'un mâle, qui est très détaillé : œil, forte corne effilée, oreilles et naseau, bouche et barbiche finement marquées, membres antérieurs dont un avec sabot.
Dans l'abri inférieur, les figures sont, pour la plupart, de fines silhouettes détaillées ou, au contraire, sommaires. Certaines ont été relevées en stratigraphie, ce qui renforce l'intérêt de cet important gisement.
Le panneau principal, ou du moins le mieux conservé, est situé au plus profond de l'abri, sur une avancée de la paroi dont la partie supérieure (environ 50 × 40 cm) est entièrement décorée de gravures fines, parfois entremêlées et superposées (fig. 2). On peut y lire au minimum douze bouquetins dont plusieurs mâles, comme l'indique le fort développement de leurs cornes, et une probable étagne. Ils sont disposés en trois registres, et la plupart sont incomplets. À la suite d'un acte de vandalisme survenu en 1981, une écaille rocheuse a été détachée et dérobée : y étaient figurés l'arrière-train d'un grand mâle et un probable autre animal partiel qui, très érodé, n'est jamais décompté dans les différents inventaires publiés.
D'une manière générale, certains tracés érodés sont recoupés par des gravures vives, ce qui témoigne à l'évidence d'un laps de temps entre les réalisations : l'existence d'au moins deux phases de décor est vraisemblable (Gély et al. 2013 : 20). Le long d'un banc rocheux particulièrement endommagé par l'érosion, d'autres représentations de bouquetins ont été repérées. Toutes sont sommaires et érodées. D'autres figures – dont de possibles bouquetins – restent à identifier sur les blocs rocheux gravés, détachés par le gel, recueillis lors des fouilles anciennes.

Animal(aux) emblématique(s)

La figure centrale (12 cm de long) du bloc principal de gravures montre une très belle représentation de bouquetin mâle (fig. 3).
La tête et l'avant-train sont traités avec réalisme. Les pattes postérieures ont subi un traitement graphique particulier qui donne l'impression d'un mouvement décomposé. Cette figure, dont le tracé très vif se superpose presque exactement à celui d'un autre bouquetin mâle érodé, est précédée et suivie par deux autres mâles. Dans le registre supérieur du panneau, une autre frise est constituée de trois bouquetins de petites dimensions. Enfin, le registre inférieur comprend quatre représentations partielles de bouquetins, également de petite taille, dont l'une paraît être le dessin d'une femelle : l'hypothèse qu'il s'agisse d'une biche ou d'un hémione (Martin 2010 : 63) semble peu probable.
Du point de vue éthologique, la figure centrale peut être interprétée comme celle du mâle dominant d'une harde, trottinant vers la gauche en bêlant. Quoi qu'il en soit, cette image est exceptionnelle, car elle constitue l'un des exemples les plus probants d'un processus de décomposition du mouvement par superposition d'images successives : les membres sont traités en contours multiples – certains tracés pourraient appartenir à l'origine à la figure antérieure. Cinq ou six contours ébauchés sont visibles entre les pattes postérieures écartées (fig. 3), un ou deux à la périphérie de l'antérieure droite. L'artiste magdalénien a manifestement cherché à traduire un flou dynamique afin d'animer cette dernière figure (Azéma et al. 2010).
Ce type de processus graphique est assez rare dans l'art paléolithique, mais se retrouve dans la plupart des régions dans l'art pariétal et mobilier (Azéma 2010). Il naît au Paléolithique, dès l'Aurignacien, comme en témoigne le « bison à huit pattes » du secteur des Chevaux de Chauvet ou le grand renne de la Salle du Fond de la même cavité, voisine du Colombier de quelques kilomètres. Au Magdalénien, dans la même aire géographique, il atteint une perfection naturaliste avec ce bouquetin.

Licence

Droits

L’ensemble des textes et des images déposés dans la Base Jean Clottes (BJC) sont soumis au droit d’auteur et sont, à ce titre, protégés par les droits de propriété intellectuelle. Toute demande d’utilisation totale ou partielle des textes ou des images doit être soumise au conseil scientifique qui transmettra aux auteurs. Toute utilisation sans accord et citation des auteurs est passible de poursuites judiciaires. Les références doivent être citées comme suit.

Citer ce document

Gély, Bernard; Azéma, Marc; Prud'homme, Françoise 2022. Le Colombier, grotte et abri (Vallon-Pont-d’Arc, Ardèche, France) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 20 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6231

Citer le document original

Gély, Bernard; Azéma, Marc; Prud'homme, Françoise. Le Colombier, grotte et abri (Vallon-Pont-d’Arc, Ardèche, France) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

Collections

Coordonnées géographiques *

44.40744948692237, 4.395543230685271

Nom du site

Département / Région

Pays

* Pour des raisons de sécurité des sites archéologiques, les géolocalisations signalées dans la BJC pointent vers les mairies des communes considérées.