El Parpalló, grotte (Gandia, Valence, Espagne)

Description

La grotte d'El Parpalló se trouve à Gandia (province de Valence), dans la partie centrale du littoral méditerranéen ibérique, à peu près à 9 km de la ligne actuelle de la côte, et à 440 m d'altitude. Elle a été fouillée en 1929-1931 par L. Pericot et le Service de recherches préhistoriques de Valence.
Il s'agit d'une grotte de petite taille, ouverte sur le versant sud-ouest du massif du Montdúver, qui comporte une salle principale d'environ 60 m2 et une galerie latérale, qui se divise en deux et se développe sur quelques mètres seulement (fig. 1a et b).
La grotte d'El Parpalló a été habitée : elle présente une longue stratigraphie, avec des niveaux datés du Gravettien, du Solutréen ancien et évolué (une partie de celui-ci étant également dénommé Solutréo-Gravettien, Villaverde 1994), du Magdalénien ancien et supérieur, et quelques vestiges plus récents en surface. Plusieurs datations 14C-AMS (Davidson 1989) ont été obtenues pour les niveaux du Solutréen inférieur (20 170 ± 380 BP (Birm 520) soit 24 340 ± 485 cal BP et 20 490 ± 900 BP (BM 859) soit 24 748 ± 1012 cal BP), du Solutréen évolué (18 080 +850/-770 BP (BM 861) soit 21 969 ± 1072 cal BP et 17 900 ±340 BP (Birm-521) soit 21 655 ± 426 cal BP) et du Magdalénien (13 800 ± 380 BP soit 16 724 ± 529 cal BP).
La stratigraphie atteint les 8 m de hauteur ; elle a été fouillée en sept secteurs (Entrée est et ouest, Centre est et ouest, Levant, Ponant et Talus). La galerie montre des perturbations évidentes ; elle a été fouillée en trois secteurs (C, D, E).

Iconographie

La grotte renferme quelques témoignages d'art pariétal, mais elle a fourni un riche ensemble d'art mobilier de plus de cinq mille objets.
L'art pariétal se réduit à une figuration d'équidé et une de cervidé. La première, gravée, se trouve sur la paroi nord-est de la cavité, sur une coulée de calcite. Sa position par rapport aux niveaux archéologiques montre qu'elle a dû être gravée aux alentours du Solutréen inférieur ou moyen. La seconde, peinte, se trouve aussi sur la paroi nord-est à hauteur de l'entrée vers les galeries supérieures : il s'agit d'une biche qui, par son style et sa situation, pourrait relever du Magdalénien.
L'art mobilier, en plus d'une riche collection de plaquettes gravées et peintes, et quelques galets gravés, présente un nombre important de pièces en bois de cervidé et os, avec des thèmes géométriques et quelques représentations figuratives.
Le nombre de zoomorphes représentés dans la collection de plaquettes et galets atteint les 766 exemplaires, avec une prédominance des bouquetins (n = 140), des chevaux (n = 128), des cerfs (n = 105) et des aurochs (n = 59). De ces figurations, 81 sont peintes, parfois en combinaison avec la gravure. Les signes sont au nombre de 3 313, dont 184 peints. L'art apparaît de la base jusqu'au sommet de la séquence, dans toute la surface de la cavité, faisant partie de tous les niveaux d'occupation du gisement.

Représentation(s) d'animal(aux)

Les figurations de bouquetins d'El Parpalló comptent 140 exemplaires, dont 1 seul sur support osseux. Les pièces se trouvent dans la presque totalité de la séquence archéologique : 34 au Solutréen ancien (deux pièces ont des fragments récupérés dans les niveaux gravettien et solutréen ancien), 40 au Solutréen évolué et 34 au Magdalénien. Le reste n'a pas de provenance connue. L'ensemble des figurations sur support lithique a été publié (Villaverde 1994) et chacune possède un numéro d'inventaire. La pièce sur support osseux a également été publiée. Elle appartient au Magdalénien ancien. Tout le matériel se trouve au musée de Préhistoire de Valence (Espagne).
Les techniques d'exécution sont variées. Parmi les techniques de gravure, on reconnaît le trait simple, le multiple, le répété et le trait composite. La peinture rouge (n = 12) ou noire (n = 1) présente également des tracés différents : en trait linéaire (n = 6) et en teinte plate (n = 7). En ce qui concerne la gravure, elle est simple (n = 89), double (n = 9), répétée (n = 3), multiple (n = 30) et composite (n = 4), incluant la pièce osseuse. La peinture et la gravure se combinent sur 6 motifs et les autres 7 bouquetins sont seulement peints.
L'ampleur chronologique de ces figurations induit une grande variation stylistique entre les niveaux anciens et récents. L'ensemble des représentations du Solutréen ancien se caractérise, globalement, par une grande disproportion, entre des corps massifs et des têtes et des pattes de taille réduite. La diversité que montrent les têtes et les cornes rend compte d'une absence de standardisation des formes à cette période. Les figurations récurrentes montrent une certaine diversité dans la représentation des pattes : en arc, parallèles ouvertes en trois traits, parallèles ouvertes et triangulaires. Sept exemplaires incorporent des remplissages internes réalisés par gravure (striée) ou par raclage ; les détails anatomiques sont limités à la figuration de l'oreille et à la queue et quelques cas présentent des détails de la bouche et une barbiche. Les figurations sont orientées à droite (n = 21) et à gauche (n = 13). Une figure se trouve associée à un lynx dans l'une des rares scènes du Parpalló.
Au Solutréen évolué, les bouquetins sont moins massifs et plus stylisés, avec des cous bien définis et des pattes plus généralement en lignes parallèles ouvertes. Celles-ci peuvent aussi être triangulaires, en particulier dans les niveaux plus récents de cette phase. Le remplissage interne est réalisé par gravure striée avec diverses variantes. Il y a presque autant de bouquetins orientés à gauche (n = 19) qu'à droite (n = 21).
Cinq exemplaires présentent une animation segmentaire et huit une animation complexe, parfois coordonnée. Les associations sont thématiques, avec plusieurs trios et couples de la même espèce, parfois affrontés. Dans les niveaux magdaléniens, les associations se limitent à deux couples, très probablement mâle et femelle, en raison de la différence de taille. L'animation est segmentaire dans six cas et complexe dans deux. Les détails anatomiques sont toujours rares, limités aux oreilles, queues et bouches, avec parfois l'œil et la barbiche. Les figures n'ont pas de remplissage interne, les pattes sont majoritairement parallèles entre elles et ouvertes. Les bouquetins sont en profil droit (n = 12) et en profil gauche (n = 22).

Animal(aux) emblématique(s)

La très forte – et exceptionnelle – concentration de bouquetins représentés à El Parpalló a conduit à retenir quatre figures emblématiques, représentatives des différentes techniques, des styles et des périodes identifiés.
Le bouquetin no 16113 (fig. 2), presque complet, est gravé sur l'une des faces d'une assez grande plaquette (245 mm de longueur par 173 de largeur et 10 d'épaisseur), reconstituée à partir de six fragments très éparpillés sur la surface fouillée des niveaux du Solutréen inférieur et moyen. Il s'agit d'un mâle adulte qui montre toutes les caractéristiques de l'art antémagdalénien ancien : massivité et disproportion corporelle, perspective biangulaire des membres. Les pattes antérieures et postérieures sont en arc. En dépit du nombre très réduit de détails internes et de l'absence de détails pour la tête, les oreilles et la queue sont représentées. Le corps est rempli d'un raclage peu profond, dont la finalité semble visuelle, puisqu'il accentue le contraste enlevant la patine de la pierre à l'intérieur de la figure. On peut signaler son association à deux bandeaux peints en rouge et à une figure incomplète qui pourrait être un signe rectangulaire prolongé ou, même, si on considère le remplissage utilisé, une autre figure de bouquetin de moindre taille et à patte triangulaire.
Le bouquetin no 16342 (fig. 3), autre mâle complet et en profil droit, a été gravé sur une plaquette provenant du secteur Centre est, couche 5 (75-6 m), attribuée au Solutréen moyen ancien. La plaquette, en deux fragments, mesure 500 mm de longueur par 400 de largeur et 50 d'épaisseur. Le bouquetin est superposé à un cheval dont la tête est absente. Il s'agit d'un des rares cas du Parpalló montrant des extrémités antérieures fermées. Ce trait, auquel s'ajoutent la figuration de l'œil, d'une oreille et de la queue, le modelage du trait des pattes postérieures dessinant les inflexions des articulations ainsi que les proportions anatomiques correctes de la figure, éloignent cette figure des caractéristiques habituelles des représentations animales du Solutréen moyen ancien. Néanmoins, plusieurs éléments rappellent sa chronologie ancienne : la perspective biangulaire des pattes avant, leur articulation juxtaposée au corps et les deux plans des pattes arrière qui semblent se confondre, ainsi que la position basse de la queue sur la croupe. En outre, l'encornure, l'oreille, la tête jusqu'au museau et la queue sont d'une exécution assez naturaliste.
Le bouquetin no 17981 (fig. 4) a été peint sur une plaquette trouvée dans le secteur Levant (4,25-4,50 m), dans les niveaux du Solutreo-Gravettien I (ou seconde phase du Solutréen évolué). La plaquette a été reconstituée partiellement à partir de trois fragments présentant différents états de conservation. Ses dimensions sont de 136 mm de longueur par 92 de largeur et 19 d'épaisseur. L'animal, exécuté par un tracé rouge linéaire, est en profil droit. La perspective est biangulaire (ou tordue) pour les cornes et les pattes avant ; la tête est petite par rapport au corps. Les membres antérieurs sont séparés, à la jonction avec le corps, par un tracé interrompu. L'un d'eux présente un sabot, appointé et peu naturaliste. La patte postérieure est différente, légèrement triangulaire, et montre certains détails morphologiques tels que le coude et l'élargissement de la cuisse. Les conventions du remplissage sont une double ligne ventrale et une ligne de détourage dans le poitrail, qui semble illustrer, comme dans le cas de la ligne du ventre, la coloration du pelage de l'animal.
Le bouquetin no 20176 (fig. 5), gravé, est complet et en profil gauche. La plaquette provient du secteur Talus et de la couche (0-0,50 m) attribuée au Magdalénien supérieur. Elle mesure 114 mm de longueur par 89 de largeur et 11 d'épaisseur. L'animal présente une patte par paire, une oreille et deux cornes, courtes, représentées en profil absolu. Le contour respecte globalement les courbures et les proportions anatomiques. La tête montre le dessin de l'œil, figuré avec un trait court. Les pattes ont été détaillées uniquement dans leurs parties hautes et les sabots sont absents. Autour et dans la figure, on observe quelques traits non définis.
La gravure combine le trait simple et le composite en un tracé nommé « fil de fer barbelé ». Celui-ci est réalisé au moyen de petits traits courts perpendiculaires à la ligne du contour de l'animal et placés dans la partie externe, à proximité et par-dessus la ligne de contour. Néanmoins, dans la ligne cervico-dorsale, ces traits sont renforcés avec d'autres, orientés vers l'intérieur. Dans ce cas, on décompte uniquement onze hachures dont l'exécution est indépendante des premiers, comme en témoignent des discontinuités entre les uns et les autres. La superposition des tracés courts de la ligne du contour rend également compte du processus d'exécution de la figure. On peut remarquer que le tracé en « fil de fer barbelé » est aussi appliqué à la corne et l'oreille.

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Citer ce document

Villaverde, Valentín 2022. El Parpalló, grotte (Gandia, Valence, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 25 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6252

Citer le document original

Villaverde, Valentín. El Parpalló, grotte (Gandia, Valence, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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