La Lloseta, grotte (Ribadesella, Asturies, Espagne)

Description

La grotte de La Lloseta (Ribadesella) est située dans le massif karstique d'Ardines, à l'embouchure de la Sella, dans la zone orientale des Asturies. On y accède par un grand abri orienté au sud (fig. 1b), d'où part un petit passage étroit qui débouche sur une large galerie après une descente abrupte de 10 m. La grotte atteint près de 400 m de longueur et a la forme d'un couloir de direction nord tournant, après un coude, vers l'est. Au fond de la galerie, un passage très difficile conduit à une spacieuse salle finale dans le fond de laquelle un puits vertical communique avec la grotte de Tito Bustillo, située dans le niveau inférieur.
E. Hernández-Pacheco, qui la désigne comme « Cueva del Río », signale sa découverte en 1913 et entame une fouille en 1916 (Hernández-Pacheco 1919). Par la suite, la grotte est tombée dans l'oubli jusqu'à sa redécouverte en 1955 où elle a été à nouveau fouillée, et cette fois-ci par F. Jordá qui lui donna le nom de La Lloseta (Jordá 1958). Ce n'est qu'en 1980 que les deux grottes ont été identifiées comme étant la même (Mallo et al. 1980).
E. Hernández-Pacheco évoque une occupation du Magdalénien inférieur et H. Obermaier mentionne en plus un niveau azilien (Obermaier 1925). Le matériel archéologique de ces fouilles anciennes, déposé au musée des Sciences naturelles de Madrid, a été révisé ultérieurement, ce qui a permis de confirmer la chronologie magdalénienne (Moure & Cano 1976).
F. Jordá a identifié de son côté trois niveaux, du Solutréen final, du Magdalénien inférieur et moyen, attribution culturelle qui a été nuancée ultérieurement par P. Utrilla qui a proposé une stratigraphie allant du Magdalénien inférieur jusqu'au Magdalénien final, avec des niveaux supérieurs post-paléolithiques (Utrilla 1981). Un puissant amas coquillier a pu livrer des dates par 14C-AMS s'échelonnant du Paléolithique à l'Holocène (entre 15 656 ± 412 BP (GaK-2549) et 4 594 ± 680 BP soit 18 998 ± 476 cal BP et 5 256 ± 836 cal BP ; Clark 1976). L'étude géologique du gisement a mis en évidence l'existence d'un effondrement du sol qui a altéré son intégrité stratigraphique (Mallo et al. 1980). La découverte d'une calotte crânienne a conduit à reprendre des fouilles dans une zone intérieure jouxtant l'ensemble décoré 1 (E.A. sur le plan fig. 1a). Elle n'a livré aucun outil ni restes de débitage mais un mélange de restes fauniques dont certains ont été datés de 11 830 ± 50 BP soit 13 652 ± 60 cal BP (Balbín et al. 2005). Le niveau II de F. Jordá, attribué au Magdalénien inférieur, est le plus riche : il renferme majoritairement du matériel en quartzite, mais on note la présence de vestiges en silex associés à la production de micro-outillage. L'équipement osseux est constitué de pointes de projectile à biseau simple et à section circulaire, quadrangulaire, rectangulaire ou aplanie ainsi que des baguettes à section plano-convexe, des aiguilles et une spatule. Les restes fauniques sont dominés par le cerf, suivi du cheval, du boviné et du bouquetin. Cette occupation serait, selon P. Utrilla (1977), une occupation secondaire spécialisée dans la taille du silex et du quartzite.

Iconographie

L'art pariétal de La Lloseta n'a été identifié qu'en 1968. Rien n'indique que E. Hernández-Pacheco ait parcouru la galerie, même si F. Jordá pense qu'il l'a fait sans voir les décors (Jordá 1958).
Les premières publications décrivent, dans la salle Terminale, des tracés linéaires et des séries de ponctuations associées par paire, tous en peinture rouge, un signe scalariforme rouge et noir et un ensemble figuratif de deux chevaux et deux bouquetins rouges (Jordá et al. 1970). Une étude récente a permis d'identifier un plus grand nombre de figures et d'autres ensembles : dix dans la galerie principale et un dans la salle supérieure dite « Galería Cimera » (Balbín et al. 2005).
Cette révision a montré que les signes constituent un très fort pourcentage des représentations (69 % de la totalité) : ce sont pour l'essentiel des tracés digitaux doubles et des ponctuations. L'augmentation du nombre de figures est également notable puisque, selon les auteurs, on décompte des chevaux (n = 13), des bisons (n = 6), des bouquetins (n = 4), des aurochs (n = 3), des biches (n = 2), un renne, un mégacéros, un mammouth et des indéterminés (n = 7). Toutefois, l'examen et la révision des parois décorées ont pointé des interprétations douteuses. En effet, il a été signalé que « l'on constate qu'il ne s'agit que de simples taches et que les propositions d'identification sont souvent très forcées » (Fortea 2007: 218), bien qu'il s'agisse d'une grotte « explorée et décorée de bout en bout pendant la même période que le fut Tito Bustillo » (Fortea 2007: 218). Tout au long de la galerie, on note la présence de peintures rouges formant des tracés linéaires, des ponctuations, des tracés digitaux doubles et des marques tirant parti des reliefs et formations naturelles. Dans la salle Terminale, les représentations figuratives sont en majorité peintes en rouge, au sein d'un panneau situé au-dessus de la cheminée, qui communique – en une descente verticale – avec le plafond de Tito Bustillo.
L'art mobilier de La Lloseta, provenant des niveaux madgaléniens, consiste en un décor géométrique (incisions rectilignes, en forme de « S », lignes parallèles horizontales ou obliques, croix) gravé sur des objets en matière osseuse.

Représentation(s) d'animal(aux)

Quatre représentations pariétales de bouquetins ont été publiées à La Lloseta (Balbín et al. 2005). L'une est peinte en couleur noire dans l'ensemble 4 et trois sont rouges dans l'ensemble 11 de la salle Terminale, mais seulement deux offrent une authenticité certaine quant à l'espèce identifiée et à la datation paléolithique.
L'ensemble 4 se trouve à 100 m du début de la galerie principale, sur un plafond recouvert d'un important concrétionnement, derrière une formation géologique couverte de traces rouges. Selon Balbín et al. (2005), il y aurait treize unités graphiques, la plupart en noir, peintes pour certaines à plus de 3 m de hauteur parmi lesquelles sont signalés deux chevaux, deux bisons, un zoomorphe acéphale et un bouquetin vertical, tous attribués au Magdalénien, mais des doutes fondés sur « les morphologies peu habituelles dans le répertoire paléolithique » ont été émis (Ríos & García de Castro 2007: 168). Un examen in situ montre que les taches noires semblent d'apparence naturelle et que les calques publiés présentent des distorsions nettes par rapport aux photographies, ce qui renforce le doute.
L'ensemble 11 se trouve dans la salle Terminale. L'accès est très pénible, car il exige une reptation le long d'un étroit conduit, dont l'entrée se trouve à 1 m de hauteur, derrière une grande stalagmite peinte en rouge. Ce passage difficile débouche dans un espace assez petit, avec des restes de peinture dont le sol correspond au plafond d'une coulée stalagmitique qui descend de 3 m, pour parvenir à la salle Terminale. Au fond de celle-ci, sur les parois du puits d'accès à Tito Bustillo, se trouve un panneau qui contient des ponctuations, des bâtonnets et des tracés digitaux doubles rouges, ainsi que des figures animales : à gauche, quatre chevaux et, par-dessus, un boviné gravé ; sur le côté droit, une tête de bouquetin et une figure ambiguë interprétée comme une biche ; entre ces deux secteurs, sur un pendant rocheux, une autre tête de bouquetin rouge.
Quelques figures douteuses ont été décrites dans cet ensemble, dont une troisième tête de bouquetin orientée à gauche, située sur le côté droit du panneau (Balbín et al. 2005), mais un examen in situ montre que cette figure est peinte d'une couleur noire semblable aux nombreux graffitis qui datent de la seconde moitié du xxe siècle. Bien qu'elle soit très visible, elle n'est pas mentionnée dans les dernières publications (Jordá et al. 1970, Gárate 2010), ce qui fait planer un doute sur son authenticité.
Les figures certaines de l'ensemble final de La Lloseta présentent les caractéristiques de l'art pariétal prémagdalénien : simplicité formelle et technique, exécution en trait linéaire simple sans détail, format incomplet, préférence pour le rouge (Gárate 2010).

Animal(aux) emblématique(s)

Les deux représentations avérées de bouquetins de La Lloseta sont réduites à la tête et sont également emblématiques du site. Elles se trouvent dans la salle Terminale, tout près du puits d'accès à Tito Bustillo.
Bouquetin 1 (fig. 2). Celui de la partie droite du panneau est décrit comme « une tête de capriné silhouetté d'un trait rouge épais, avec deux petites cornes légèrement arquées dans lesquelles on distingue une retouche postérieure en noir » (Jordá et al. 1970). Situé à 70 cm du sol actuel, il mesure 10 cm de large sur 17 de haut. Sont figurés la ligne fronto-nasale, le maxillaire, le bout du nez arrondi et les cornes inégales parallèles en perspective frontale (Gárate 2010). Il n'est pas exclu que la retouche noire des cornes soit un acte de vandalisme du xxe siècle.
Bouquetin 2 (fig. 3). Ce bouquetin, proche du précédent sur un pendant rocheux, est décrit comme « une tête de capriné grossièrement dessinée d'une ligne rouge épaisse, avec deux cornes également grossières et arquées vers l'arrière en une perspective étrange » (Jordá et al. 1970). Il mesure 15 cm de long sur 16 de hauteur. Sont figurés le frontal, le maxillaire, le début du poitrail, le bout du nez, les cornes parallèles inégales et séparées, en position frontale. Comme la figure précédente, la perspective est biangulaire droite. Un petit point rouge indique l'œil. Le tracé linéaire semble avoir été fait avec le doigt (Gárate 2010).
Le style de ces figures les rapporte à des temps prémagdaléniens. F. Jordá les inclut dans son cycle aurignaco-gravettien (Jordá et al. 1970) et Balbín dans le style III de A. Leroi-Gourhan (Solutréen récent et Magdalénien ancien), en correspondance avec certaines représentations des phases anciennes du panneau Principal de Tito Bustillo (Balbín et al. 2005). Devant la difficulté de classement sur des critères uniquement stylistiques, d'autres auteurs ont suggéré de les rattacher à une tradition plus large, globalement prémagdalénienne, allant du Gravettien jusqu'au Solutréen (Gárate 2010).
La localisation de cet ensemble, au niveau de la cheminée de communication avec Tito Bustillo, est remarquable. Comme le signale J. Fortea (2007: 222), « les hommes qui ont exploré la galerie supérieure, laissant d'abondantes traces non figuratives, ne sont vraisemblablement pas descendus à la galerie inférieure par ici », mais c'est là, « en ce lieu de communication impraticable entre les deux grottes qu'ils ont placé les zoomorphes les plus identifiables ».

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Citer ce document

Polledo González, Miguel 2022. La Lloseta, grotte (Ribadesella, Asturies, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V. & Plassard F. Dir. Base Jean Clottes - Animal Representation, Les représentations animales depuis la Préhistoire, "Dossier Bouquetin", mis en ligne le 28 Septembre 2022, actualisé le 21 Mai 2024, consulté le 24 Juin 2024, https://animal-representation.cnrs.fr/s/bjc/item/6264

Citer le document original

Polledo González, Miguel. La Lloseta, grotte (Ribadesella, Asturies, Espagne) in : Averbouh A., Feruglio V., Plassard F., Sauvet G. Dir. Bouquetins et Pyrénées - II - Inventaire des représentations animales du Paléolithique pyrénéen. Offert à Jean Clottes, Conservateur général du Patrimoine honoraire, 2022, 654 p.

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